Calmora : l'app née de mes attaques de panique
Il y a huit mois, mes premières attaques de panique. Comment journaliser les épisodes m'a aidé à comprendre que tout finit par passer, et pourquoi j'en ai fait une app.
Cet article raconte une expérience personnelle. Ce n'est ni un avis médical, ni un protocole. Si tu vis des attaques de panique, parles-en à un professionnel de santé.
Il y a huit mois
Il y a huit mois, j'ai fait ma première attaque de panique. Sur le moment, je ne savais pas que ça portait ce nom. Ce que je savais, c'est que mon cœur s'emballait, que ma poitrine serrait, que mon souffle se raccourcissait, et que j'avais la certitude absolue d'être en train de faire un arrêt cardiaque. On lit partout qu'une attaque de panique "ne tue pas". C'est vrai. Mais quand on est dedans, le corps raconte exactement le contraire, et il est très convaincant.
Ce n'était pas un épisode isolé. Les crises sont revenues, et avec elles une anxiété de fond que je ne me connaissais pas.
Une anxiété qui sommeillait
Le déclencheur, lui, est identifiable : un fort évènement émotionnel, dont je garde les détails pour moi parce que ce n'est pas le sujet. Ce qui compte, c'est que cet évènement n'a pas créé l'anxiété. Avec le recul, le plus troublant n'est pas son arrivée, c'est de réaliser qu'elle ne venait pas d'arriver. Elle sommeillait en moi depuis longtemps : des tensions que je mettais sur le compte du travail, une vigilance permanente que je prenais pour de la rigueur, une fatigue que je n'expliquais pas. L'évènement a simplement servi de détonateur, et elle s'est réveillée fort.
Ça change la façon de voir le problème. Je ne traversais pas un accident ponctuel à attendre que ça passe. Je découvrais quelque chose qui faisait partie de moi et avec quoi il allait falloir apprendre à fonctionner.
Les moments sociaux
Très vite, la peur de la crise est devenue plus envahissante que la crise elle-même. Un dîner, une soirée, une réunion : chaque situation sociale devenait un calcul. Et si ça arrive là, maintenant, devant tout le monde ? Comment je sors ? Qu'est-ce que les gens vont voir ?
Quand on est persuadé de pouvoir faire un arrêt cardiaque à tout moment, être entouré ne rassure pas, ça ajoute des témoins. Certains moments sociaux ont été durs à traverser, d'autres ont simplement sauté. C'est le mécanisme le plus sournois de l'anxiété : elle rétrécit la vie pour éviter des crises qui, elles, ne demandent pas la permission.
La technique qui a le plus aidé : journaliser
J'ai essayé différentes techniques, avec plus ou moins de succès. Celle qui a le mieux marché pour moi est la plus simple : journaliser les évènements. Noter chaque épisode, presque comme un log applicatif.
| Ce que je note | Pourquoi |
|---|---|
| Le moment (date, heure) | Repérer les patterns : fin de journée, veille d'échéance, etc. |
| L'intensité (échelle 1-10) | Donner une mesure à quelque chose qui semble infini sur le moment |
| Le contexte | Identifier les déclencheurs qui reviennent (caféine, sommeil court, sur-sollicitation) |
| La durée réelle | Constater qu'une crise qui semble durer une heure tient souvent en quelques minutes |
| Comment c'est redescendu | Se rappeler que c'est redescendu, à chaque fois |
Le journal agit deux fois. Sur le moment, écrire me sort du rôle de victime de la crise pour me mettre dans celui d'observateur : je décris, donc je ne suis plus seulement en train de subir. Et à froid, la relecture est imparable. Chaque ligne du journal raconte la même fin : ça s'est arrêté. Cent pour cent des crises sont redescendues.
Tout finit par passer. Le journal transforme cette phrase, que tout le monde te dit et que tu ne crois jamais sur le moment, en donnée vérifiable.
Le produit derrière l'expérience
Après l'abandon d'Inkindly, je m'étais fixé une règle : ne plus lancer de projet sur un sujet qui ne me concerne pas. Cette fois, c'est l'inverse exact. Le sujet me concerne au point que l'utilisateur numéro un, c'est moi.
Ma grille de validation donne un verdict net :
| Question | Réponse |
|---|---|
| Des gens cherchent déjà ce type d'app ? | Oui, le suivi d'humeur et d'anxiété est une catégorie établie des stores |
| Des gens payent pour des apps similaires ? | Oui, plusieurs acteurs vivent d'abonnements sur ce créneau |
| La promesse tient en une phrase ? | "Note ton anxiété, repère ce qui revient" |
Un Painkiller 3/3, et pour une fois je n'ai pas besoin d'entretiens utilisateur pour connaître la douleur : je l'ai dans le corps.
Il existe déjà des apps de suivi d'humeur, et certaines sont très bien. Mais en les utilisant en pleine période de crises, j'ai buté sur le même mur partout : la friction. Quand tu es en train de monter en anxiété, tu n'as pas la patience de traverser quatre écrans, un paywall et une animation de respiration pour noter "crise, 7/10, au bureau". Soit la saisie prend quelques secondes, soit elle ne se fait pas.
C'est devenu le principe fondateur de Calmora : ouvrir, remplir, fermer en quelques secondes. Tout ce qui ralentit la saisie est un échec produit.
Ce que fait Calmora
Calmora est une app mobile de journal d'anxiété :
- Saisie d'humeur et de niveau d'anxiété en quelques secondes, dès l'ouverture
- Trackers personnalisés : caféine, sommeil, exercice, ce que tu veux suivre, avec le format adapté (échelle, nombre, durée, oui/non, texte)
- Courbe d'anxiété au fil du temps : aujourd'hui, hier, 3 jours, 7 jours, pour voir noir sur blanc que chaque pic est redescendu
- Notes libres pour journaliser les épisodes et les relire à froid
- Rappels par notifications locales, calés sur le rythme de chaque tracker
La courbe est le cœur du produit. C'est la version visuelle de la relecture du journal : des pics, et après chaque pic, une descente. Toujours.
Les choix techniques
Le sujet impose des choix : un journal d'anxiété, ce sont des données de santé, parmi les plus sensibles qui existent.
| Décision | Pourquoi |
|---|---|
| Expo SDK 52 + Expo Router | Mobile d'abord : l'anxiété ne prévient pas, le téléphone est toujours dans la poche |
| Supabase région EU + RLS | Données hébergées en Europe, isolation par utilisateur au niveau de la base |
| Zod partagé dans le monorepo | Les mêmes schémas valident les formulaires côté app et les payloads côté base |
| TanStack Query + persistance locale | La saisie doit marcher même avec un réseau médiocre, la synchro attend |
| Monorepo pnpm + Turborepo | Une version web pourra rejoindre l'app mobile sans tout réécrire |
Ce que Calmora n'est pas
Calmora n'est pas un dispositif médical, pas une thérapie, pas un substitut à un professionnel de santé. C'est un carnet, conçu par quelqu'un qui s'en sert vraiment, pour rendre visible ce que l'anxiété fait oublier : les patterns qui déclenchent, et le fait que ça redescend à chaque fois.
Et je suis bien placé pour le dire : en parallèle de l'app, j'ai été suivi par des professionnels, un psychologue notamment. C'est cette combinaison, l'accompagnement d'un côté et le journal de l'autre, qui fait qu'aujourd'hui ça va mieux. Calmora ne remplace que le carnet, pas l'accompagnement.
La suite
Aujourd'hui, ça va mieux. Les crises se sont espacées, et l'app a rempli son rôle pour son premier utilisateur. Je ne développe donc plus dans l'urgence : par moments, je reprends le projet et j'améliore ce qui peut l'être. La fiche projet est sur la page Calmora.
Pour l'instant, je n'ai pas sorti Calmora publiquement. Si l'app te parle, si tu voudrais des fonctionnalités spécifiques ou simplement qu'elle soit disponible, n'hésite pas à me contacter : c'est exactement le genre de signal qui me déciderait à la publier.
S'il ne fallait garder qu'une phrase de ces huit mois, ce serait celle que le journal m'a apprise à force de la relire : tout finit par passer.